Climat : À Lima, les pays traînent les pieds sur les questions de finances

Climat : À Lima, les pays traînent les pieds sur les questions de finances

BIDcambioclima at COP20
BIDcambioclima at COP20 — Image Credits

Le site assuré par les autorités péruviennes au vingtième sommet de l'Onu pour le changement climatique, qui se déroule à Lima, a une particularité qui n'existait pas dans d'autres capitales : les différents blocs de salles et de bureaux sont disposés en tentes dans un espace vert près du ministère de la Défense, séparés par des espaces ouverts où on peut goûter au doux climat du printemps de Lima (on est bien à l'autre bout du monde!). Cette douceur semble avoir eu un impact sur des négociations climatiques qualifiées de « fluides, mais peu productives jusque-là » par des ONG observatrices. Alors que s'ouvrait hier mardi le segment de haut niveau (en présence des ministres) du sommet de l'Onu pour le changement climatique à Lima, au son des chants péruviens folkloriques, les mots de la secrétaire générale de l'UNFCCC, Christiana Figueres, appelant une fois de plus à l'urgence de l'action, sonnaient comme une mise en garde bien plus que comme un simple appel.

En effet, selon des observateurs à l'intérieur des sessions, les négociations autour du texte devant être adopté à la fin de ce sommet, comme c'est le cas traditionnellement, avancent à pas de tortue. Les représentants des divers pays, suivant leurs intérêts, semblent vouloir commenter la moindre virgule. Dans son message quotidien, Oxfam a dénoncé « un rythme d'action qui nous laissera en deçà du niveau de progrès espéré à Lima ». « L'ambition de parvenir à un texte préliminaire pour l'accord de Paris s'amenuise, ce qui reportera à l'année prochaine tout le travail devant être effectué à ce niveau », poursuit le texte.

Ce sont les finances, une fois de plus, qui semblent freiner le processus d'un accord sur le changement climatique. En gros, la somme de 100 milliards de dollars devant être assurée d'ici à 2020, pour financer le processus de lutte contre le changement climatique (réduction des émissions, adaptation...) reste entourée d'un certain flou.

« Au regard des engagements déjà avancés, nous sommes loin d'avoir déjà réuni cette somme », a-t-on entendu des ONG marteler lors d'une conférence de CAN International à Lima. « Nous avons besoin d'une feuille de route claire pour savoir comment nous y parviendrons, a lancé Kelly Dent, d'Oxfam. Les discussions des ministres qui commencent à Lima semblent bien plus politiques que techniques, d'où le fait que chacun campe sur ses positions. Les pays développés, notamment l'Union européenne et les États-Unis, ne veulent pas de référence claire au processus financier dans la période d'avant 2020 et même après, comme s'ils demandaient aux pays en développement de les croire sur parole. Or pour ceux-ci, il s'agit d'une question de survie. Il faut que les négociateurs arrêtent de garder les finances en otage sous peine de risquer de compromettre le processus de l'accord de Paris. » Cet accord, que d'aucuns espèrent global et légalement contraignant, devant être signé dans la capitale française en 2015 et entrer en vigueur en 2020.

Le brouillard continue d'entourer aussi d'autres éléments des négociations tels le contenu des engagements formels que les pays doivent présenter en début d'année prochaine en vue de l'accord devant être signé à Paris. À quelle évaluation indépendante pourraient-ils être soumis et comment s'assurer d'une homogénéité minimum qui permettrait une analyse commune au final ? Ces questions demeurent en suspens.

Au milieu de ces négociations ardues, une marche climatique qualifiée de « plus importante jamais organisée en Amérique latine » devrait se tenir aujourd'hui mercredi en plein Lima. Ses organisateurs espèrent que ses échos seront entendus à l'intérieur des salles climatisées (ou pas) où se déroule l'habituel dialogue de sourds.

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First published on 10/12/2014 in L'orient Le Jour

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