L’Amérique latine déploie ses mille couleurs pour le climat

L’Amérique latine déploie ses mille couleurs pour le climat

People's Climate March, LimaPeople's Climate March, Lima – Creator: Emma Bull for Greens MPs. Creative Commons License LogoThis image is licensed under Creative Commons License.

La marche organisée par la société civile hier à Lima, en marge du sommet pour le changement climatique, a tenu ses promesses. Ils étaient des milliers, avec une grande majorité de natifs de pays d'Amérique latine, à avoir répondu présent à l'appel des ONG pour manifester en faveur d'une revendication populaire pour des décisions fermes concernant une lutte efficace contre le changement climatique. La marche, qui s'est étendue sur des milliers de kilomètres, allant du parc de Campo del Mar à la place San Martin, était une profusion de couleurs, de chants et de danses, au son de roulements de tambour.

C'était aussi l'occasion de faire entendre des voix qui percent rarement les murs des salles de négociations avec une foule de rassemblements parlant au nom des peuples autochtones des pays d'Amérique latine et d'ailleurs. S'exprimant au nom de l'un d'eux, le « Chirapach », Raymond de Chavez, philippin de nationalité, affirme que « la présence de ces rassemblements dans une manifestation telle que celle-ci est cruciale parce que ces peuples souffrent plus que d'autres des changements climatiques, étant donné qu'ils entretiennent une relation plus étroite avec la terre ». « Les typhons, les sécheresses les affectent encore plus durement que d'autres, poursuit-il. Il faut s'assurer que tout accord sur le climat ne les oubliera pas, que les fonds consacrés à l'adaptation leur parviennent aussi, qu'ils ne soient pas simplement confiés aux gouvernements mais aux communautés vulnérables de manière directe et transparente. »

Les manifestants de tous bords n'ont pas ménagé leurs efforts : on voyait tantôt un homme sur des échasses, tantôt des déguisements de têtes géantes qui ont fait sensation, mais aussi et surtout beaucoup de personnes en tenue traditionnelle, venues du Pérou, de Bolivie, de l'Équateur ou d'ailleurs. Des syndicats de mineurs étaient là également, leurs membres reconnaissables à leur casque de travail. Un grand nombre de militants portaient des pancartes avec l'inscription « 100 % d'énergie propre », en référence à l'utilisation massive d'énergie fossile qui est à l'origine de l'augmentation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, responsable du changement climatique. Même avec un espagnol moins que rudimentaire, on pouvait constater la vivacité des slogans scandés ou écrits : « Changez le système pas le climat », « Vive la terre, à bas le commerce », « Contre l'exploitation pétrolière », des slogans contre la violence, en faveur de décisions fermes à la COP 20 (conférence des parties de la Convention cadre internationale sur le changement climatique de l'Onu, le sommet qui se tient à quelques kilomètres d'eux).

De cette foule hétéroclite, il se dégageait hier un sentiment de communion très palpable que Danika, une militante philippine, exprime en ces termes : « Il est très important que nous restions solidaires. Nous venons d'horizons divers, il est vrai, mais nous expérimentons les mêmes difficultés partout. »

 « Le vrai COP est ici »

De manière générale, les manifestants sont très sceptiques quant aux processus des sommets pour le changement climatique. « Je pense que les négociations progressent trop lentement, les négociateurs sont davantage à l'écoute du monde du business qu'à l'écoute des peuples », déplore Linda Gray, une Américaine. « Le monde constate de plus en plus l'impact du changement climatique, poursuit-elle. À New York, nous l'avons vu récemment avec la tempête Sandy. C'est dans cette ville aussi qu'il y a eu la plus grande marche climatique en septembre. Il faut que les choses bougent, que les États-Unis et d'autres pays soient plus actifs dans la lutte contre le changement climatique. »

Pour Philippe Germat et Pierre Cannet de WWF France, « le vrai COP est ici ». « Cela fait vingt ans que les négociations durent, poursuit M. Germat. Le problème est mondial, mais les négociateurs défendent les intérêts de leurs pays, pas ceux de l'humanité. Voilà pourquoi nous n'arrivons pas à nous entendre. » Les deux militants estiment que de telles manifestations permettent aux gens de s'exprimer mais aussi de montrer ce qu'ils font sur le terrain. Ils ajoutent que leur organisation est également présente aux négociations pour s'assurer de l'aboutissement d'un accord l'année prochaine à Paris, où de telles manifestations ne devraient pas manquer.

Dans les rues embouteillées de Lima où passait ce curieux cortège, la population semblait surprise de ce spectacle hors du commun. Les automobilistes manifestaient leur agacement par des klaxons insistants, répondant de mauvaise grâce aux directives d'une police dépassée par les événements. Et pourtant, ignorant ce chaos urbain quotidien, un groupe de manifestants scandaient un slogan qui a une résonance particulière : « L'avenir c'est nous ! »

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First published on 11/12/2014 in L'Orient Le Jour

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